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05/09/2025

Conclusions de la concertation sociale

Pas un grand coup d’éclat – mais un premier changement de cap

Les conclusions des concertations sociales étaient-elles le grand tournant attendu ? Certainement pas. Était-ce un premier pas dans la bonne direction ? Assurément oui. C’est ainsi qu’on peut résumer, sobrement, l’issue des récents échanges entre le Gouvernement et les partenaires sociaux. Après deux tours chahutés en juillet, où le Gouvernement peinait visiblement à afficher une ligne propre, on observe désormais un changement de cap prudent : les propositions sur le travail dominical et les horaires d’ouverture des commerces ne constituent pas une dégradation pour les entreprises et restent relativement proches de l’orientation initiale du Gouvernement.

L’organisation du travail sera abordée dans les prochains mois au Comité permanent du travail et de l’emploi (CPTE) entre partenaires sociaux. Notre priorité : que le travail puisse s’organiser là où il se fait – au niveau de l’entreprise, en concertation avec ses propres salariés.

Esquisse de volonté d’action politique

Si le courage politique demeure mesuré, le Gouvernement a néanmoins accepté d’assumer la responsabilité d’un résultat d’ensemble, sans l’accord explicite des syndicats. C’est notable : jusqu’ici, les exécutifs successifs s’étaient souvent laissés dicter, presque au mot près, ce qui serait ou non « possible » au Luxembourg. On discerne ici un début de volonté d’action politique.

Un tabou désormais à l’agenda

Un tabou a enfin été placé sur la table : les retraites. Les premiers signaux de volonté de réforme sont visibles : maintien des mécanismes automatiques d’ajustement prévus par la loi, relèvement progressif de l’âge de départ, amorce de passerelles plus flexibles. Ce n’est pas une percée, d’autant que le cœur du dispositif reste une hausse des cotisations. C’est toutefois l’aveu que le temps du déni doit prendre fin. Dans le même temps, une évidence demeure : les mesures annoncées ne suffisent pas. Sans réformes structurelles, la dynamique démographique poussera notre régime par répartition à ses limites. Prolonger le statu quo conduirait, en projection, à jusqu’à un million d’emplois supplémentaires d’ici 2050 – soit, de facto, un triplement de la population. Ni économiquement, ni socialement réaliste.

Temporiser… avec de nouvelles règles du jeu

Les propositions actuelles sont présentées comme une stabilisation du système des retraites « d’ici 2030 ». Du point de vue des employeurs, c’est trop optimiste. Faute de croissance, sans hausse de l’emploi et avec des dépenses en augmentation, nous estimons la fenêtre de tir à trois ans pour élaborer des solutions durables – faute de quoi nous irons vers une crise structurelle qui ne se résoudra ensuite, au mieux, qu’au prix de mesures douloureuses.

Ce sujet est trop important pour être repoussé de scrutin en scrutin. Toutes les formations politiques doivent s’engager dans un débat fondé sur les faits : hypothèses transparentes, scénarios traçables, objectifs clairs. Le but doit être un large consensus politique, qui dépasse les législatures, plutôt que des positions à courte vue nourrissant des réflexes populistes.

Le dialogue social peut jouer un rôle constructif. Mais il faut un nouveau mode opératoire, un dialogue social 2.0 : ouvert, fondé sur les données et orienté résultats. Concrètement : base commune sur la démographie, le marché du travail et les trajectoires financières ; calendriers contraignants avec jalons et évaluation ; rôles clarifiés entre consultation, mise en balance et décision. C’est à ce prix que les annonces deviennent agenda de réformes – et que le premier changement de cap devient cap véritable. Les partenaires sociaux peuvent donner des repères et aider à tracer les chemins, mais ils ne sauraient se substituer à la capacité d’action et d’arbitrage du politique. Parlement et Gouvernement portent la responsabilité et doivent impulser le changement – non se limiter à observer et à modérer.

Au-delà du bras de fer : la retraite est un enjeu de société

Les syndicats doivent, eux aussi, débattre sur la base des réalités s’ils veulent être reconnus comme force de proposition – et non comme simples empêcheurs bruyants. Le public est également appelé à s’emparer sérieusement de la question. La mise en scène médiatique comme bras de fer syndicats/employeurs est réductrice. Les retraites relèvent d’un système solidaire auquel toute la société contribue et dont toute la société attend des prestations. L’enjeu n’est pas ce qui est politiquement ou syndicalement souhaitable, mais ce qui est collectivement soutenable et finançable.

Les faits incontournables doivent être au centre du débat : à brève échéance, chaque cotisant actif devra, en moyenne, financer un retraité, tout en assurant sa propre retraite, en élevant des enfants, en se logeant et en supportant le coût de la vie. Ignorer cette réalité, c’est faire de la politique de vœux pieux. D’où la nécessité d’une refonte du pacte intergénérationnel national : plus de solidarité envers les jeunes et les générations à venir – y compris de la part des retraités d’aujourd’hui. Nous sommes convaincus que la jeunesse prendra davantage la parole dans les prochains mois et années pour exiger plus d’honnêteté et de responsabilité dans le débat. Tant mieux. Si nous l’écoutons et ancrons le dialogue dans des chiffres solides, des priorités claires et un partage équitable des efforts, nous construirons ce dont le Luxembourg a besoin : un consensus durable entre les générations.

Relancer l’économie

Dans le même temps, il faut relancer l’économie. Mobilisons tous les leviers pour stimuler l’investissement dans le logement : procédures d’autorisation plus rapides, cadre prévisible, canaux de financement fonctionnels. Les obstacles bureaucratiques doivent être levés sans tarder, afin que les entreprises retrouvent de l’oxygène pour investir, former et innover. Plus largement, il faut basculer rapidement d’une culture du blocage vers une culture de la réalisation – passer du « non » au « faire ». Le monde ne s’arrête pas. Le Luxembourg n’a une chance que s’il reste agile, pragmatique et courageux – et qu’il agit en conséquence.

Christian Reuter

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